La vulnérabilité au stress thermique des usager·e·s des quartiers proches de la Gare du Midi à Bruxelles
Ce projet de recherche-action mené conjointement par le CEU et SoHab a été mené dans les quartiers populaires autour de la Gare du Midi à Bruxelles (Marolles, la Porte de Hal, le Bas de Forest, Industrie Sud, Gare du Midi, Cureghem Vétérinaire, Cureghem Bara, Anneessens et Stalingrad).
À travers une enquête de terrain et un travail participatif impliquant directement les habitant·es et usager·es, le projet a exploré la vulnérabilité au stress thermique dans ces territoires. Il met en lumière la vulnérabilité élevée des usagers et usagères de ces quartiers face aux vagues de chaleurs qui, d’après la littérature, vont être, à politique inchangée, plus nombreuses, intenses et longues.
Pour chaque dimension de la vulnérabilité, nous avons opté pour une démarche innovante : nous avons complété l’approche par les cartes et modèles d’une approche par le ressenti des riverain·e·s.
Les résultats sont sans ambiguïté :
L’exposition est forte avec des points noirs bien identifiés (Place Bara, îlot face à la Gare du Midi, Place du Jeu de Balle) en partie due à l’imperméabilisation très importante des quartiers concernés : + de 90% en moyenne et + de 98% pour le quartier Stalingrand (sic) !. Assez logiquement, la majorité des quartiers analysés sont davantage perçus comme exposés que comme agréables en période de forte chaleur par les usager·e·s interrogé·e·s. Sur ce point, notons aussi que parmi les quartiers perçus comme les plus agréables, certains désignent des parcs (Duden/Forest) qui sont toutefois situés à 40’ et 30’ à pied et 30’ et 20’ en transports en commun de la Place du Jeu de Balle, dans les Marolles.
La sensibilité est élevée (médiane 8/10) se traduisant par des troubles du sommeil et de la fatigue pour une large majorité des répondants, mais aussi par des symptômes plus préoccupants (étourdissements, difficultés respiratoires) chez une part non négligeable d’usager·e·s interrogé·e·s. Même si la proportion de seniors est plus faible qu’ailleurs à Bruxelles au plan relatif, la densité de population fait que leur nombre absolu est élevé, tout comme la présence d’enfants (écoles, crèches) exposés à des cours et espaces publics surchauffés.
La capacité d’adaptation est par ailleurs faible. Lorsqu’on demande aux participants comment ils s’adaptent aux fortes chaleur, les 67 répondants citent 363 réponses, regroupés en 25 comportements adaptatifs différents. La confrontation entre les stratégies d’adaptation de notre enquête et les effets sur la réduction ou l’augmentation du risque de décès de ces stratégies (extraits d’une étude épidémiologique de santé publique en France) montre une cohérence globale mais pas parfaite entre les comportements adaptatifs les plus répandus de notre cohorte et ceux identifiés comme protecteurs dans ces travaux scientifiques. Les gestes les plus fréquemment adoptés par la population bruxelloise correspondent aux comportements associés à une forte réduction du risque de mortalité. Une proportion importante de comportements adaptatifs cités dans notre recherche ne trouve en revanche aucune correspondance dans les études épidémiologiques ou n’a jamais été évaluée en termes d’efficacité réelle. Plus inquiétant, certains comportements déclarés se révèlent contre-productifs, induisant un risque de décès parfois multiplié par trois pour les personnes concernées. Enfin, de très nombreux facteurs de réduction de risques analysés dans l’étude épidémiologique sont largement méconnus du grand public. La capacité d’adaptation des habitants et usagers des quartiers concernés est toutefois soutenue par des dispositifs publics : campagnes d’information, cartographie des îlots de fraîcheur et lieux refuges, leviers d’accès à l’eau, Plan Canicule solidaire. Tous ces facteurs concourent à accroître la capacité d’adaptation des personnes concernées. Cependant, ces dispositifs restent très peu connus des usagers interrogés. L’adaptation observée au travers des entretiens effectués repose encore sur des stratégies individuelles et de court terme. Près d’une personne sur deux déclare devoir quitter le quartier pour trouver de la fraîcheur, ce qui signale un déficit de solutions locales de proximité dans ces quartiers, par ailleurs très précaires au plan socio-économique
L’approche mixte utilisée – modélisation cartographique et ressenti situé – converge et épaissit l’analyse : les cartes objectivent l’îlot de chaleur et la faible capacité de rafraîchissement du tissu urbain ; les habitants et travailleurs confirment une offre beaucoup trop faible d’endroits agréables, parfois dégradés par des enjeux de qualité d’usage et de sécurité. À l’inverse, quelques refuges de fraîcheur plébiscités existent mais sont souvent trop éloignés pour répondre à l’objectif d’une « ville à 10 minutes » que s’est fixé la ville de Bruxelles, et à l’objectif d’un territoire sain pour ses habitants, tout simplement
Au-delà du diagnostic, cette recherche-action vise à transformer concrètement ces constats en leviers d’action. En impliquant les habitant·es dans l’identification des problèmes et des solutions, elle cherche à orienter la végétalisation/désimperméabilisation et à formuler des recommandations à destination des pouvoirs publics. Ceci nous occupera en 2026.
Ce projet rappelle que l’adaptation au changement climatique ne peut être dissociée des enjeux sociaux.
Lutter contre la chaleur en ville, c’est aussi agir contre les inégalités environnementales et améliorer les conditions de vie dans les quartiers qui en ont le plus besoin.
Référence : De Muynck, S., Zanzen, D., Derache, C. et Zybura, A. (2026). « Y’a trop de béton ! ». La vulnérabilité au stress thermique des usagers des quartiers proches de la Gare du Midi à Bruxelles. Diagnostic effectué dans le cadre du CRU 7. Centre d’écologie urbaine et SoHab. Avec le soutien d’urban.brussels et de la Ville de Bruxelles, 52p. Janvier 2026.
Rapport: disponible ICI
Projet réalisé dans le cadre du Contrat de Rénovation Urbaine 7 (CRU7). Avec le soutien d’urban.brussels, de la Ville de Bruxelles et de la SLRB.

