Index

L'opus de l'équinoxe d'automne de Gaïa Scienza est en liberté

Gaïa Scienza couv 8 copie
Gaïa Scienza couv 8 copie

Gardons les pieds sur terre

Les modernes, les post-modernes, les hyper-modernes, les ultrasmodernes ou les super-modernes sont tous d’accord : Quand on veut s’élever, on regarde vers le haut. Quand les cahuttes des plus pauvres tapissent le sol, les buildings des plus riches convoitent le ciel. S’arracher à la terre et aux lois de la nature est presque toujours présenté comme un exploit, une performance, une victoire. Élévation par les sauts à la perche, les balades en échasses, les voyages en fusée, les appartements aux derniers étages d’un gratte-ciel ou le choix audacieux du talon-aiguille : tout est bon pour gagner quelques centimètres, quelques mètres ou quelques kilomètres. C’est ainsi que l’on grappille un peu plus de réputation, de prestige, de renom et d’allure. Pour parodier Baudelaire qui aimait bien causer sur la modernité de son époque : « Par-delà les terres, par delà les prés, les montagnes ou les étoiles, l’intelligence s’élance avec agilité vers ses tendres billevesées ». Mais attention : il n’y a rien de plus ridicule et de plus dangereux que de porter des talons hauts quand on ne sait pas marcher avec. A fortiori si c’est pour se balader dans les petites rues pavées de Bruxelles ou partir glaner de la berce sphondyle dans les enclaves sauvages de la ville.

Ainsi, dans une interview exclusive récemment donnée à Gaïa Scienza, un hêtre du bois de la Cambe a déclaré sans détour : « je regarde vers le bas parce que je suis arrivé au sommet ». La futaie, visiblement peu au fait de l’air du temps, s’est attirée les foudres. « Se prend-elle pour le premier moutardier du pape ? » s’est écrié un bûcheron passant par là, la hache affûtée au poing. L’histoire évidemment est dramatique. D’autant que cet hêtre était connu dans toute la forêt pour sa grande bonté, son humilité et son infinie générosité. Ses racines puissantes allaient puiser l’eau des profondeurs sans pour autant déranger les plantes et les insectes nichés à son pied. A l’automne, sa large couronne s’enflammait et donnait l’humidité qui favorise les symbioses fongiques, autrement dit les champignons. Aussi considérait-il toujours les plus petits avec déférence qui, à leur tour, le nourrissaient, le soignaient et lui racontaient un tas d’anecdotes en vue de le divertir car les hêtres, souvent, s’ennuient. En l’abattant, le bûcheron s’est donc trompé. Il a pris pour de la roguerie ce qui n’était qu’une déclaration rugueuse de bon sens : quand on est arrivé en haut de quelque chose, on ne peut plus que redescendre. Il faut donc faire attention à se prendre les pieds dans le tapis quand on a le nez dans les nuages et les idées qui divaguent.

Cette édition automne-hiver de Gaïa Scienza voulait ainsi traiter d’économie locale. Mais nous ne sommes pas allés si loin pour ne pas provoquer le courroux de bûcherons qui pourraient être durs de la feuille et mal comprendre nos desseins. Nous avons donc fait une halte en cours de route. Nous avons regardé à nos pieds, autour de nous, tendu l’oreille à ce qui se dit et à ce qui se fait. Pas de micro ou de macroéconomie à proprement parler dans ce numéro. Juste une reconnaissance de terrain, un stage d’observation, un regard circulaire pour identifier ce qui a du sens dans le fait de vouloir s’enraciner plus localement. Nous avons ainsi accueilli dans nos colonnes un petit examen de Jancovici sur la notion d’ « industrie », un texte de Gwenaël Breës sur un des grands enjeux Bruxellois : le Canal du Biestebroeck. Nous avons également navigué vers l’utopie aquaponique où nous avons trouvé quelques outils utiles pour la gestion écologique des villes. Et puis nous avons aimé réaliser une revue de presse Bruxelloise à tendance persiffleuse où l’on apprend qu’une vendetta contre les herbes sauvages a éclaté alors même que notre journaliste Jacqueline Fletcher en fait une charmante apologie pleine d’érudition : les mauvaises herbes, ça soigne et ça se mange ! Pour ceux qui voudront joindre le geste à la parole, toutes les recettes qui ont fait les glorieux repas de cet été sont là, dans ce numéro. Plutôt que de nous prendre les pieds dans les tapis d’herbes sauvages, nous y avons mis les mains pour les cuisiner. Et comme on ne parle pas la bouche pleine, on ne dit pas de bêtise.

London Freedom Seed Bank + Seeds Underground Party

L'avenir de Biestebroeck entre interêts privés et bien commun

0